Guide de retour au travail après un drame : un outil essentiel

« Six semaines après le meurtre de ma fille, je suis retourné au travail, se souvient Bruno Serre. C’était trop vite, mes collègues n’étaient pas prêts. Personne n’osait m’approcher, je me sentais comme un lépreux. »

Le père de Brigitte Serre n’est pas le seul parent à avoir vécu de pénibles maladresses après le meurtre de son enfant. L’homme dont la fille de 17 ans a été assassinée le 25 janvier 2006 raconte à quel point les milieux de travail sont démunis face à ces situations hors du commun.

« Et pourtant, il faut bien retourner gagner notre vie », ajoute-t-il.

Pour mieux intervenir auprès de ces travailleurs qui vivent un drame innommable, l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (l’AFPAD) a créé un Guide de retour à l’emploi après un drame.

Destiné à tous ceux qui peuvent un jour se retrouver en présence d’un travailleur touché par la mort d’un proche assassiné ou disparu, ce guide permet de poser les bons gestes en plus d’informer sur les dispositions légales qui s’appliquent aux victimes d’actes criminels.

Cet outil essentiel d’une soixantaine de pages a été conçu en collaboration avec plusieurs experts dont les spécialistes en choc posttraumatique de l’Institut Douglas.

Quand la tragédie frappe

Du jour au lendemain, ils font la manchette bien malgré eux. Leur nom et leur visage circulent dans les médias parce que la tragédie les frappe de la manière la plus cruelle qui soit. Un membre de leur famille est tué ou enlevé. Commence alors un deuil que peu de gens comprennent et pour lequel la société est encore mal outillée. C’est pour ces personnes que l’AFPAD a été créée en 2005.

« À l’époque, il n’y avait rien pour les parents d’une personne touchée par l’homicide ou la disparition de leur enfant. Ils n’étaient même pas reconnus eux aussi comme des victimes », rappelle l’avocate Nancy Roy, directrice-générale de l’AFPAD.

Ce regroupement fondé par quatre pères de familles éprouvés, dont le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, compte aujourd’hui 600 membres. L’objectif est de soutenir et défendre les droits de ces personnes lorsque l’inimaginable se produit.

Nancy Roy
Nancy Roy

« Ces gens sont brisés. Ils seront toujours hypothéqués. Leurs cas ont été médiatisés mais ils se retrouvent isolés. Ils ont besoin de se retrouver entre eux et de créer des liens », explique Me Roy.

Des luttes à mener

Il y a encore beaucoup à faire afin de mieux défendre les droits des proches victimes d’une mort tragique et l’AFPAD mène plusieurs batailles de front pour que les lois évoluent.

Parmi ces luttes, l’organisme souhaite que les familles aient un accès gratuit et illimité à des séances de psychothérapies. L’association souhaite également qu’une forme d’indemnisation soit versée aux parents qui assistent au procès du meurtrier de leur enfant, comme c’est le cas pour les témoins.

« La plupart des parents ont besoin du procès, c’est une étape essentielle pour aller chercher des réponses et faire leur deuil, plaide Nancy Roy. Ces procès durent plusieurs semaines et ils ont parfois lieu dans des villes éloignées. J’ai vu des parents dormir dans leur voiture pour pouvoir y assister. »

En plus d’avoir un immense deuil à surmonter, les parents qui perdent tragiquement un enfant on l’impression de devoir se battre pour obtenir des services et des informations juridiques. Ils ont souvent le sentiment d’être abandonnés.

À titre d’exemple, l’avocate cite celui de Clémence Beaulieu-Patry tuée sur son lieu de travail, dans un Maxi, le 10 avril 2016. La CSST refuse d’indemniser les parents de la jeune femme parce qu’elle n’a pas succombé à des blessures infligées dans le cadre normal de son emploi.

« Il aurait fallu qu’une boîte lui tombe dessus pour que ses parents soient indemnisés, déplore Madame Roy. Est-ce logique ? Ces droits-là doivent être défendus », conclut-elle.

On peut rejoindre ici l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD).

Le Guide de retour au travail après un drame est disponible en ligne ici.

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