Héléna Roy

21 mars 1942 - 13 janvier 2018

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Femme brillante, solide et fière, Héléna Roy est la digne représentante de son coin de pays, la Gaspésie. Mère aimante et artiste autodidacte, elle est cette grande dame élégante et charismatique que l’on remarque lorsqu’elle se présente et s’exprime avec assurance. Elle est aussi cette tendre maman qui coud et cuisine avec amour pour ceux qu’elle aime.

Née en 1942 à Cap-Chat, Héléna est l’avant-dernière d’une famille de quatre enfants. Son père, Léon Roy, a 36 ans lorsqu’il rencontre « sur le tard » celle qui deviendra son épouse, Albénie Isabelle. Pour l’époque, quatre enfants, c’est bien peu, laisse entendre le curé du village, mais Léon juge que c’est bien assez de bouches à nourrir, surtout si on veut bien s’occuper d’eux et les gâter.

L’enfance d’Héléna est heureuse et paisible. Son père occupe des emplois stables avec des revenus assurés. Il travaille tour à tour comme agent des terres, garde forestier et maître des postes. Élève douée, Héléna a de la facilité en français et, surtout, en mathématiques. Comme les jeunes filles de son milieu, elle cesse toutefois d’étudier après avoir complété sa dixième année. Sa mère et sa grand-mère lui apprennent à coudre ; elle devient une excellente couturière.

« Si elle avait eu accès à l’éducation, elle aurait pu devenir architecte, ingénieure ou enseignante, affirme Danny, fils aîné d’Héléna. Le côté intellectuel de ma mère n’a jamais été valorisé », regrette-t-il.

« Toi, un jour, je vais te marier ! »

Héléna a 14 ans lorsque son père, Léon, reçoit à la maison les visites d’un jeune marin croisé au quai de Cap-Chat. Il se nomme Carmin Guimont, il a dix ans de plus que l’adolescente et, déjà, il adore la taquiner en lui répétant : « Toi, un jour, je vais te marier ! »

Carmin Guimont attend patiemment celle qu’il a choisie. « Lui, je le haïssais, il ne me lâchait pas… » se rappelle Héléna en se moquant gentiment de son futur époux. Elle accepte finalement de le fréquenter dès qu’elle atteint l’âge de 20 ans.

Aîné d’une famille de onze enfants, Carmin est natif des Méchins, village voisin, d’où proviennent les Guimont. Dans la Gaspésie des années 1960, il n’est pas rare de voir les femmes avec une famille de trois enfants dès l’âge de 16 ou 17 ans. Les jeunes hommes se faisaient dire de se trouver une épouse au plus vite pour sortir de la maison et faire de la place. Il était difficile de subvenir aux besoins de ces familles nombreuses. Chez Léon Roy, avec quatre enfants seulement, la pression du mariage hâtif était toutefois moins forte.

Le jeudi 5 septembre 1963, Carmin Guimont épouse Héléna à Cap-Chat. Carmin, qui travaille sur la Côte-Nord, profite probablement d’un congé pour se marier.

Deux années plus tard, Héléna a 23 ans et elle met au monde son premier enfant, Danny, qui voit le jour treize mois avant son frère, Gino. La petite famille vit dans une maison où l’électricité n’arrivera qu’en 1967.

Carmin travaille pour l’entreprise Quebec North Shore, où il occupe un poste d’ingénieur maritime et est en charge des moteurs au diesel, ce que l’on appelle aujourd’hui un mécanicien de chantier. Comme il s’absente souvent de la maison pendant trois ou quatre mois consécutifs, les enfants le voient si peu qu’Héléna s’installe chez ses parents pour les élever.

La maison du loup 

La vieille maison des grands-parents Léon et Albénie était juchée tout en haut d’une falaise le long de la route 132 Ouest à Cap-Chat. Une fenêtre sur le côté nord offrait une vue sur la mer. Les enfants se souviennent encore de cette demeure humide et froide.

« Il faisait moins mille degrés dans cette maison-là ! racontent-ils. On l’appelait la maison du loup parce que l’on entendait toujours le vent siffler dans les châssis : Houuuuu ! »

Le matin, Héléna allait chercher ses fils dans leur lit, elle les prenait avec leur couverture pour les installer sur la boîte à bois afin qu’ils puissent se réchauffer près du poêle. « C’était notre moment à nous avec elle. Ça c’est des beaux souvenirs », confient les deux hommes.

Un jour, Carmin rentre de chantier après plusieurs mois d’absence. L’aîné des enfants, qui ne reconnaît pas son père, demande à sa mère : « C’est qui, le monsieur ? » Héléna décide que la situation a assez duré et la famille s’installe à Montréal, où Carmin se déniche un emploi qui lui permet d’être plus présent auprès des siens.

Pour Carmin, quitter la Gaspésie représente le sacrifice de sa vie. Pour Héléna, c’est autre chose. Le rêve des femmes, c’est de sortir de la Gaspésie et de s’installer à Montréal pour magasiner et s’habiller à la mode.

Au même moment, en 1970, la route 132 est reconfigurée, la maison de Léon Roy doit être démolie et ses occupants, expropriés. Le père d’Héléna décide alors de prendre l’argent de l’expropriation pour s’installer lui aussi à Montréal, avec sa femme. Léon s’habitue difficilement à la ville. Il meurt moins de trois ans après son arrivée. Héléna prend chez elle sa mère, celle que les enfants surnomment affectueusement grand-maman « Bénie ».

En 1971, la famille s’installe d’abord dans le quartier Saint-Michel, dans l’est de la ville. À l’angle de la rue Legendre et de la 13e Avenue, Héléna ouvre un magasin où elle vend du tissu à la livre. Dans les années 70, elle devient couturière pour Christian Dior. Elle confectionne une robe très originale en tôle pour le célèbre couturier. Carmin lui donne un coup de main avec les petits morceaux de tôle.

Retrouver un brin de Gaspésie 

Puis, en 1978, Carmin veut retrouver un semblant de vie dans la nature. Il s’installe avec femme et enfants rue de la Presqu’Île, à St-Paul-L’Ermite, une municipalité aujourd’hui appelée Repentigny. Par la fenêtre de leur demeure, on peut voir au loin un village avec une vieille église qui rappelle un brin la Gaspésie. Il n’y manque que la mer. Carmin crée des liens avec les cultivateurs du coin.

La maison de la rue de la Presqu’Île devient rapidement le lieu de rassemblement des membres de la famille de passage dans la région de Montréal. Il n’est pas rare de voir des tablées d’une trentaine de Gaspésiens dans la maison d’Héléna et de Carmin.

Épicurienne, Héléna est une excellente cuisinière qui n’a pas peur d’explorer et d’essayer de nouvelles recettes même si son mari est plutôt conservateur. Elle adore recevoir et cuisiner pour son monde.

Les arts marquent aussi beaucoup la vie d’Héléna. Elle aime peindre, broder, décorer, faire des bijoux ; bref, travailler de ses mains. Curieuse, elle s’intéresse à tout et dévore les biographies de grands peintres. Elle aurait aimé voyager.

Ses fils décrivent leur mère comme une femme qui prend le plancher. Elle n’est pas du tout effacée, plutôt très présente et dominante. Elle a beaucoup d’influence, sans être manipulatrice. Héléna s’intéresse à la politique. Elle est féministe et se soucie de l’égalité homme-femme. Elle trouve injuste le sort des femmes exploitées dans les usines.

Marie Fiola, belle-sœur d’Héléna, décrit cette dernière comme une femme d’une grande élégance malgré sa forte taille. « Elle était toujours bien mise et bien habillée, avec de beaux bijoux, des talons hauts et de beaux ongles même si elle travaillait souvent dans la terre », raconte-t-elle.

Héléna possède probablement 210 paires de souliers et autant de vêtements, confirme son fils Gino.

Ni chicane ni gros mot

Héléna et Carmin se sont aimés jusqu’à la fin. Le décès de Carmin, en mars 2012, représente pour elle un dur coup dont elle ne se remettra jamais tout à fait. Les enfants affirment n’avoir jamais vu une chicane ou entendu un gros mot de la part de leurs parents pendant leurs cinquante années de vie commune. Carmin avait un immense respect envers sa femme. Elle aimait rire et le trouvait drôle.

Quelques années plus tard, au printemps 2017, Héléna apprend qu’elle souffre d’un trouble de la vision qui la rendra aveugle. Pour elle qui aime tant la peinture et le jeu des couleurs, c’est une autre épreuve qui l’affecte beaucoup.

Atteinte de diabète et d’insuffisance pulmonaire, Héléna fait de nombreux séjours à l’hôpital jusqu’au tout dernier, en décembre 2017.

Durant le dernier mois de sa vie, Gino passe énormément de temps au chevet de sa mère. Ils ont l’occasion de discuter. Héléna lui confie qu’elle a eu une belle vie remplie d’amour, qu’elle avait eu le meilleur mari du monde et qu’il lui manque encore. Elle laisse entendre qu’elle ira bientôt rejoindre Carmin.

Héléna dresse la liste des gens à contacter en cas de décès et la tend à son fils en disant : « On ne sait jamais… » Même à l’approche de la mort, elle conserve son caractère fort et elle sait tenir tête malgré la maladie.

« Je l’ai vue perdre peu à peu le moral, raconte Gino. Elle a passé beaucoup de temps à réfléchir. C’est avec pleine conscience et aplomb qu’elle a décidé que c’en était assez. Je pense qu’il faut beaucoup de courage pour décider de lâcher prise », ajoute-t-il.

Une semaine avant son décès, Héléna trouve la force de faire des blagues au téléphone avec sa belle-sœur Marie Fiola. Lorsque cette dernière lui demande si elle a son billet pour l’aller, Héléna lui répond : « Non, je veux un aller-retour, mais ils ne veulent pas ! »

Consciente et allumée jusqu’à la fin, Héléna a une pensée limpide, ce qui lui permet de prendre elle-même toutes les décisions. Pas d’acharnement, pas de médication ;         « laissez-moi partir », semble-t-elle dire. Ses reins cessent de fonctionner. Elle affirme qu’elle ne souffre pas, mais ses proches sentent qu’elle s’affaiblit. Elle ne mange plus. Par petites cuillerées, Gino réussit à lui faire avaler son dernier repas : une demi-soupe. Par la suite, elle n’a que très peu de moments d’éveil.

« La veille de sa mort, je lui ai dit : Je t’aime, m’man. Elle n’a pas répondu. Elle nous a quittés le matin du 13 janvier, en pleine tempête », observe Danny.

Héléna Roy est toujours là à travers ses œuvres, le souvenir de sa joie de vivre et de son sourire. Elle est là, présente dans le cœur de ses deux fils, celui de ses cinq petits-enfants et de ses quatre arrière-petits-enfants.

Commentaires

  1. Héléna mon amie d’enfance! On allait à l’école ensemble. Je l’aimais beaucoup! Sa mère avait un magasin dans la maison familiale. Elle demeurait pas très loin de chez moi. Repose en paix ma chère Amie! Bon voyage! Sincères condoléances à la famille!

  2. Quelle belle histoire! Héléna a eu une belle vie. Je l’ai connue à la Villa Fleur de Lys. Quand je lui ai dit que j’étais Gaspésienne moi aussi, elle m’a donné une toile d’un vieux pêcheur de Percé. Je vais la garder très précieusement. Mes sympaties à toute la famille xx

  3. C’est avec tristesse que j’ai appris le décès de votre mère, malheureusement je ne pourrai être avec vous mais j’y serai en pensée. Ricky et Mario se joignent a moi pour vous transmettre nos plus sincères condoléances. Votre cousin Richard Guimont.

  4. Je suis triste d’apprendre cette nouvelle, mes plus sincères condoléances à Danny et Gino ainsi qu’aux proches. Votre mère que j’ai eu le privilège de côtoyer beaucoup dans mon enfance, tout comme votre père et « Bénie ». Ils ont marqué ma vie pour plein de bonnes raisons et surtout pour de beaux souvenirs. Luc

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