Claudette Savaria

12 septembre 1954 - 9 juillet 2017

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Quelque part en Chine, un arbre porte son nom : « Claudette Savaria », peut-on lire sur une plaque commémorative.

L’horticultrice que l’on surnomme « The Tree Lady » a embelli la vie de milliers de citoyens partout au pays, et même, au-delà de nos frontières.

Cette femme, aux yeux d’un bleu perçant que tout le monde remarquait, a su créer de la beauté autour d’elle en cultivant un amour immense et indéfectible envers ses proches.

Claudette a pris minutieusement un soin du cocon familial qu’elle a formé avec son mari, Robert Caron, et leurs deux enfants, de qui ils sont très fiers, Robert-Jonathan et Ashley-Anne.

Pour ceux qui l’ont connue, elle est la force tranquille, une présence à la fois imposante et discrète. Elle ne cherche pas à être le centre d’attention, elle ne prend pas toute la place, mais on remarque en elle une personne inspirante et douce qui pense d’abord aux autres avant elle-même.

« C’est une femme au cœur grand comme ça », résume son mari en ouvrant largement ses bras.

Cultiver de génération en génération

Née dans la résidence familiale du rang Lustucru, à Boucherville, Claudette Savaria est issue d’une longue lignée de cultivateurs. Deuxième d’une famille de six enfants, cinq filles et un garçon, elle a vécu une enfance heureuse dans l’environnement rural qui l’a vue grandir.

Le père de Claudette, Jean Savaria, est né, lui aussi, dans une résidence du rang Lustucru où il a élevé sa famille avec sa bien-aimée Carmelle. Après avoir cultivé la terre familiale quelques années, il décide de se lancer dans le transport du lait sur le territoire de la Montérégie.

De son côté, la mère de Claudette, Carmelle Baril, est née à Montréal. Son père Edgar tenait un garage, mais il est mort trop jeune après avoir vécu de belles années à Boucherville avec sa femme, Laura, et leurs dix enfants. La grand-mère de Claudette a donc dû travailler très fort afin de subvenir aux besoins de ses nombreux enfants. Claudette a été inspirée par ce courage et par l’éthique de travail de ses parents.

« C’est une battante et une fonceuse », résume Robert Caron, celui qui sera son grand amour pendant 46 ans.

She’s the One  

Ils rencontrent au cégep Édouard-Montpetit en 1971. Ils ont alors tous les deux 18 ans et ils ne se quitteront plus. Dès qu’il voit cette jeune fille aux longs cheveux brun foncé et aux yeux magnifiques, Robert déclare à sa mère : « She’s the One. »

« J’ai travaillé fort pour la conquérir, confie-t-il. J’aimais comment elle était. D’abord, c’est une belle femme. Tout de suite, nous avons été complices. Tu la regardes et tu vois que c’est une bonne personne. »

Claudette est aussi une aventurière, curieuse et déterminée. Comme elle ne parle pas un mot d’anglais, elle ne comprend pas grand-chose aux conversations lorsqu’elle se trouve dans la famille bilingue de Robert. Elle décide de s’attaquer au problème en apprenant la langue de Shakespeare.

« Elle s’est inscrite à McGill et elle a bûché, raconte son conjoint admiratif. Rien ne l’arrête », ajoute-t-il.

Diplômée de l’université McGill, Claudette se spécialise en horticulture, dans un nouveau programme à l’époque appelé Urban planning.

Ils se marient en novembre 1981 et s’installent dans un petit 3 ½ à L’Île-Perrot. Robert, qui travaille pour Dow Chemical, est nerveux à l’idée d’annoncer à sa jeune épouse qu’on vient de lui offrir d’aller travailler en Alberta. La réaction de Claudette est immédiate : « Quand est-ce qu’on part ? », demande celle qui aime mordre dans la vie. Un mois plus tard, le 29 décembre 1981, le couple s’envole pour Calgary.

« On était fous. On est arrivés à Calgary, il faisait – 40 degrés, se souvient Robert. Je me disais : Qu’est-ce qu’on fait ici ? Il n’y avait pas d’appartement à louer. On a acheté notre première petite maison en pleine crise économique, les taux d’intérêt étaient à 19 % ! »

Robert et Claudette se font plusieurs amis parmi les expatriés de la grande ville albertaine. La fille, qui, jadis, ne parlait pas l’anglais, se déniche un travail d’enseignante à temps partiel. Elle apprend l’horticulture aux étudiants du programme d’éducation aux adultes.

Une mère passionnée de ses enfants

Puis, c’est l’arrivée des enfants : d’abord, un fils, né à Calgary en 1983 et, deux ans plus tard, une fille, née à Sarnia, en Ontario. Claudette se consacre entièrement à leur éducation.

Pour ses enfants, elle est une maman présente, attentive, sportive, qui fait mille choses et ne s’assoit jamais. Le genre de mère qui embarque dans toutes leurs niaiseries, même leurs batailles de ballounes d’eau. Une mère « easy going » qui encourage en disant : « Lance-toi ! Si tu te plantes, c’est pas grave, mais essaie. »

« Ma mère n’a jamais manqué une game de hockey, raconte son fils Robert-Jonathan. Elle pouvait faire 8-9 heures de voiture pour se rendre à Amos juste pour voir sa fille faire une routine de gymnastique qui dure une minute ! »

Le sport, les voyages et la musique sont au cœur de leur vie de famille. Tout comme leurs parents, les enfants apprennent à jouer du piano et de la guitare. Chaque fois qu’un enfant joue d’un instrument, sa mère s’installe en silence pour l’écouter. Claudette joue magnifiquement du piano, mais ne chante pas très bien, confirment ses deux enfants en souriant. « C’est drôle, elle a zéro voix et elle oublie toujours les paroles », raconte Ashley-Anne.

Leur mère « n’est pas une princesse », mais elle est toujours bien habillée et elle est toujours soignée de sa personne. Elle est extrêmement fière de ses enfants et le dit souvent.

Lorsqu’ils pensent à elle, ils évoquent cet amour réconfortant et le point d’ancrage qu’elle représente. « Elle est le pilier de ma vie », confie l’aîné.

Claudette aimait se retrouver en famille, dans la cellule, leur bulle à tous les quatre. « C’était nous quatre ensemble, contre le monde entier », résume son fils Robert-Jonathan.

« Jamais elle ne se fâchait, mais, quand elle levait un sourcil avec son regard qu’on appelait « the evil eye », ça voulait dire qu’elle n’était pas trop contente », se souvient la fille de Claudette.

Pour elle, chaque enfant est important. À Noël, dans sa très nombreuse famille, Claudette offre un cadeau à chacun d’eux, sans en oublier un seul.

Une ambassadrice de beauté

En 1988, la famille quitte Sarnia pour revenir s’installer au Québec. Lorsque les enfants sont assez grands, Claudette déclare à son mari qu’il est temps pour elle de se consacrer à sa carrière.

Elle devient la première horticultrice à travailler à la Ville de Westmount. Fidèle à elle-même, Claudette ne s’arrêtera pas là. Elle s’implique dans diverses associations vouées à la création d’espaces verts et à la protection de l’environnement. Elle se dévoue pour la cause partout au Canada et à l’étranger.

Au fil des ans, Claudette améliore la qualité de vie dans les villes qu’elle contribue à rendre plus belles. Elle rejoint notamment l’Association des responsables d’espaces verts du Québec, le programme international Livable Communities, Les Fleurons du Québec ainsi que Collectivités en Fleurs. Elle s’est rendue utile en Chine, en Australie, en Angleterre et au Japon.

Claudette sait embellir la vie urbaine avec une préoccupation réelle pour l’environnement. Ironiquement, son mari travaille dans une entreprise de produits chimiques, ce qui leur a occasionné des discussions plutôt cocasses.

Durant toutes ces années, Robert ne se souvient que d’une seule dispute avec sa femme. « C’est arrivé une fois et ça a duré cinq minutes ! », jure-t-il.

« Mes parents s’aimaient tellement, souligne Ashley-Anne. Ils ont toujours formé une belle équipe, ils se parlaient tout le temps, dans le respect. C’est ce qu’ils nous ont appris. »

Je ne serai pas une statistique

En 2011, le diagnostic tombe. Claudette est atteinte d’un cancer du sein. Le médecin croit d’abord avoir affaire à une petite masse qu’il pourra opérer, mais d’autres tests révèlent la présence de métastases. On lui donne de 12 à 18 mois à vivre. Qu’est-ce qui nous arrive…, se demande le couple en pleurant dans le stationnement de l’hôpital.

« Je ne serai pas une statistique, promet Claudette, la battante. « Six ans plus tard, elle sera encore là », souligne fièrement son mari.

Pendant six ans, elle subit douze protocoles de chimiothérapie différents. Toujours positive, sans jamais se plaindre, elle tente tout pour guérir, elle qui déteste les produits chimiques.

En avril 2017, Claudette doit cesser les traitements que son foie ne tolère plus. Le cancer réapparaît au sein, sur les poumons et les ganglions, causant également de petites lésions au cerveau.

Au même moment, le 24 avril 2017, lors d’une cérémonie à Rideau Hall,

Claudette Savaria est l’une des 46 personnes à recevoir la Médaille du souverain pour les bénévoles des mains du gouverneur général du Canada, David Johnston.

Fatiguée par la maladie, mais bien présente, elle est très fière d’être la seule à recevoir cette distinction honorifique pour son engagement bénévole envers l’environnement.

Lorsqu’elle se présente devant le gouverneur général pour recevoir sa médaille, elle en profite pour glisser à M. Johnston qu’ils se sont trouvés au même moment à McGill alors qu’elle était étudiante et lui, recteur.

Le gouverneur général a retenu sa femme Claudette pour discuter pendant cinq bonnes minutes, alors que les autres récipiendaires patientaient, sous le regard amusé de Robert.

Un legs inoubliable

Claudette est aussi devenue la grand-mère aimante de Laurie et Thomas. Dès qu’elle tient sa première petite-fille dans ses bras, elle développe avec elle un lien exceptionnel, presque inexplicable. Ne pas voir grandir ses petits-enfants est ce qui la choque le plus, confie Robert.

La femme forte et déterminée qu’elle est n’accepte pas de mourir. Claudette sait que c’est inévitable, elle est anxieuse, observe son mari avec un calme et une force remarquable. « C’est la femme de ma vie, elle aurait fait la même chose pour moi. »

Le 9 juillet 2017, pour la dernière fois, les jolis yeux de Claudette Savaria se sont fermés. Son regard, sa fougue et sa joie de vivre existent à travers ceux qu’elle a aimés et les lieux qu’elle a transformés. Toute sa vie, elle a semé. Son legs est vaste et inoubliable.

 

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