Justin Roy-Dupuy

22 mai 1989 - 6 mai 2016

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Famille, amitié, courage, liberté…

Justin aimait la vie, il aimait les gens. C’était un rassembleur conciliant, autant dans sa famille que dans son immense cercle d’amis. Ses proches disent de lui qu’il surfait  sur la vie, tout simplement : il avait choisi le bonheur.

Une âme d’artiste

Tout jeune, Justin est attiré vers les arts. À Sainte-Agathe-des-Monts, il est inscrit dans des concentrations en arts, puis en musique à l’école primaire et à l’école secondaire. Il y apprend le piano, la basse et le cor français.

Justin aime surtout chanter, en fait son instrument préféré, c’est sa voix. À  l’école secondaire, il est reconnu pour être celui qui met de l’ambiance dans l’autobus. En route pour les compétitions d’harmonie de Saint-Jovite, à Sherbrooke, il chante pendant tout le trajet. Son amour de la musique ne fera que croître avec l’âge, allant du Gospel au chant grégorien, en passant par Metallica, Green Day, Bernard Adamus, les Colocs et Elvis Presley.

À dix ans, il peint des natures mortes. Puis, il évolue vers l’abstrait. Il s’adonnera à ce passe-temps jusqu’à la toute fin de sa vie.

Déménagé à Montréal juste à temps pour entamer sa formation au Collège Gérald-Godin, dans l’Ouest-de-l’Île, en 2006, il découvre la métropole et s’émerveille de tout. Pour lui, Montréal est un grand terrain de jeu où il peut assouvir sa curiosité naturelle : une source intarissable de découvertes. Une nuit, il appelle sa mère, à deux heures du matin, pour lui dire, plein d’enthousiasme : « Connais-tu ça, Saint-Viateur Bagel  ? »

Même s’il a une vraie passion et un don pour les arts, Justin s’inscrit à l’École polytechnique en prévenant bien sa mère qu’il y va autant pour étudier que pour s’amuser. Il y a trouvé ce qu’il cherchait, une combinaison entre les études et les amis. Il conjugue sa passion pour le génie géologique avec les partys, la vie étudiante et ses amis. Ceux-ci se transforment rapidement en sa deuxième famille et la Polytechnique, sa deuxième maison. Ses déguisements sont devenus légendaires. Que ce soit en licorne, en micro, en rouleau de papier de toilette ou en douche, Justin ne laissait personne indifférent.

Les projets les plus fous ne lui font pas peur, au contraire, comme le prouve cette idée de voyage d’études avec ses collègues de génie géologique à Hawaï pour y analyser les failles volcaniques en 2011. Justin a la capacité de persuader les gens de le suivre pour accomplir des choses qui semblent impossibles. Ce voyage avec ses collègues étudiants est l’un des plus beaux souvenirs de sa vie.

Après avoir obtenu son diplôme en 2013, il travaille pour une firme d’ingénierie qui correspond à ses valeurs, Golder International. Il s’y sent chez lui. Justin est prêt à retourner travailler en cuisine en attendant qu’un poste s’ouvre plutôt que de travailler ailleurs que chez Golder. L’entreprise et ses collègues deviennent, aux yeux de Justin, beaucoup plus qu’un simple boulot. Ils rallient les rangs de la grande famille que Justin s’est formée au fil des ans.

Même après l’obtention de son diplôme, l’université reste, malgré tout, très présente dans la vie de Justin. Il demeurera parrain pour des équipes qui participent au Jeux du Génie pendant trois ans (2013-2014 et 2015). En 2016, le comité organisateur des Jeux de Génie lui décerne le prix : « notre héros », en référence à son courage et à sa volonté de vivre.

Des combats

En mai 2014, la vie de Justin dévie quand il note l’apparition d’une petite bosse à sa jambe droite. C’est un ostéosarcome qui grossit de plus en plus. Après l’avoir ignoré, Justin se résout à consulter un médecin en janvier 2015. Il est tard, l’ostéosarcome a provoqué des métastases aux poumons. On lui donne 45 % de chance de survie. Il a 25 ans.

Justin entre dans cette phase de sa vie avec la même attitude qui l’a guidée depuis sa naissance. Il est optimiste et se soumettra à tous les traitements de chimiothérapie, même s’il en souffre beaucoup. Après tout, 45 % de probabilité de s’en sortir, c’est jouable. Il est jeune, il est fort, sa famille et ses amis le soutiennent. Pour lui, la vie ne s’arrête pas, elle prend une autre direction et il affrontera ce défi avec une vision résolument positive.

Lors de ses traitements au Centre universitaire de santé McGill, sa famille et ses amis l’accompagnent toujours. Ils apportent un mini-frigo, sa console de jeux vidéo, ses guitares et même ses trois repas par jour. Ce n’est pas pour rien qu’à la fin de sa dernière chimio, il se fait tatouer ces mots sur le bras gauche : Famille, Amitié, Courage, Liberté.

En août 2015, Justin puise dans ses énergies et décide de partir avec sa mère en Louisiane, un état terriblement pauvre, mais riche de toutes les musiques métissées. À la Nouvelle-Orléans, il assiste à une messe gospel qui lui fait dire que c’est la plus belle chose qu’il a vue de sa vie. Dans les bayous, il va à Avery Island visiter la fabrique de Tabasco, les marais et les alligators.

À son retour, sa jambe gauche est de plus en plus douloureuse. En octobre, il faut l’amputer au-dessus du genou. Peu importe, c’est encore avec optimisme et un brin d’orgueil qu’il se met en tête de se remettre à marcher rapidement avec une prothèse.

Il y parvient sans peine grâce, entre autres, à l’aide de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal.

La Régie de l’Assurance-Maladie du Québec lui octroie une prothèse de base qui rend difficile l’accomplissement de ses activités à l’extérieur de son appartement. En outre, comme ingénieur géologue, il aspire à retourner sur le terrain pour travailler.

Justin se lance alors dans un autre combat : une collecte de fonds pour acquérir une jambe artificielle d’une valeur de 100 000 $. En janvier 2016, il forme, avec sa grande sœur Chloé et d’autres partenaires, le comité « Un pied devant l’autre, c’est la vie ». Les médias s’intéressent à son histoire d’autant plus qu’on apprend que ce sont des règles administratives qui l’empêchent d’obtenir sa jambe. Ses efforts lui permettent d’amasser une somme importante qui lui donne la possibilité de  s’offrir une meilleure qualité de vie et de réaliser certains de ses rêves.

Mais c’est trop peu, trop tard, car, malgré les chimiothérapies, les métastases au poumon ne sont pas disparues.

Un pied devant l’autre, Justin Roy-Dupuy a avancé dans la vie et, le 6 mai 2016, comme une étoile filante, il a pris son envol.

Justin disait : « Ne pleure pas pour moi, vit pour tout ce que je ne peux pas vivre. »

Voilà la personne qu’il était.

Pour honorer le souvenir de cet être lumineux, sa famille a organisé une cérémonie au Cosmodôme de Laval. Plus de 300 personnes s’y sont présentées. Elles y ont vu les toiles, les guitares, les photos de Justin, et même des caleçons boxers et des chandails qu’il avait créés comme outils promotionnels des Jeux de Génie. On a célébré la vie de Justin.

Sur une immense photo, il accueillait ses proches dès l’entrée et, pour une dernière fois, ils ont pu entendre sa voix chantant « In the Summer Time » de Mango Jerry, sa chanson préférée au Karaoké.

« In the Summer Time » résume bien Justin : un jeune homme facile à vivre, qui avait cette qualité d’embrasser l’existence avec ses aléas et ses beautés. « La vie est faite pour être vécue, c’est notre philosophie », dit cette chanson.

 

 

 

 

 

 

 

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